mercredi 15 décembre 2010

Werther et Valmont, Scène 1, première partie

Aujourd'hui Werther est un peu inquiet.
La veille il a surveillé des élèves en compagnie de la professeur d'anglais. Et il n'en garde pas un très bon souvenir. C'est une femme charmante, vraiment, mais, comment dire ? difficile de la supporter plus d'une heure. Extrêmement organisée, ou en tout cas c'est ce qu'elle voulait faire paraître, et du coup très pointilleuse sur le déroulement de l'épreuve. Sans compter qu'elle avait passé près d'une demi-heure non-stop à lui expliquer en long, en large et en travers pourquoi elle était agacée du comportement des élèves, qui, au fond, n'avaient fait que sortir à plusieurs pour aller aux toilettes.
Or aujourd'hui, il est de nouveau de surveillance et qui plus est, toujours avec la professeur d'anglais. Heureusement il ne sera pas seul : il semblerait que le professeur de littérature et la professeur d'espagnole se joignent à eux. Il espère qu'ils arriveront à occuper un peu l'anglaise pendant qu'il se glissera dans un coin pour travailler...

Lorsqu'il arrive, ils ne sont en fait que deux. L'anglaise donc, déjà tout agitée à répartir des feuilles de brouillons sur les tables, et l'espagnole, petit femme grise qui s'agite tout autant que sa collègue. Le temps de poser son sac, d'empoigner un paquet de copies et voilà le littéraire qui arrive. Pendant que Werther répartit les feuilles sur les tables, l'autre a à peine le temps d'enlever son manteau que l'anglaise lui saute dessus et engage une explication longue comme le bras pour le persuader que répartir feuilles, brouillons et sujets à l'avance c'est quand même beaucoup plus pratique. Jugeant que sa collègue doit être partie pour un discours assez long, le jeune allemand se désintéresse de la situation et s'applique dans sa tâche : l'espagnole devient de plus en plus fébrile, il ne faudrait pas qu'il se trompe quelque part.
Alors qu'il arrive vers le fond de la salle, le voilà nez à nez avec son collègue littéraire, lui aussi avec un paquet de copies sous le bras. Apparemment il s'est libéré bien vite de l'emprise de l'anglaise. Il le salut d'un sourire poli mais retourne quasiment tout de suite à sa distribution de feuilles, laissant Werther un peu seul avec son "bonjour" coincé dans la gorge. Le littéraire n'a pas l'air très guilleret ce matin. D'ailleurs, le petit tapis de poil qui orne ses joue le fait un peu passer pour un ours pas très matinal. Jusqu'à lors, il ne l'avait croisé qu'une fois dans les couloirs et dans ses souvenirs, il ressemblait plus à un homme assez distingué ou en tout cas qui prenait le soin de se raser avec application. Le littéraire devait sûrement retourner à l'état sauvage lorsqu'il était seul chez lui, face à ses copies...

Mais il est déjà huit heures moins deux et il est grand temps de faire rentrer les élèves. Werther n'a que le temps de rejoindre l'estrade avant que la marée de khâgneux et d'hypokhâgneux ne se déverse dans la grande salle.

(A suivre...)

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