lundi 7 mars 2011

Toujours lui



Monsieur, je vous aime tellement qu'en attendant le vendredi, ça me fait mal.


samedi 12 février 2011

mardi 1 février 2011

Rouge


Rouge.
Comme celle-là.
Désormais, dans la foule, mes yeux sont irrésistiblement attirés par le rouge. Un morceau de tissu écarlate qui enveloppe un cou et aussitôt, je le regarde.
Pourtant je sais qu'il n'est pas là. Je l'ai vu partir dans l'autre sens, prendre une autre ligne. Il ne peut physiquement pas être ici. Mais je ne peux pas m'en empêcher : mes muscles bougent tout seuls. Du rouge et d'un coup, une étincelle d'espérance.
C'est bête et nocif.

Ne serais-je donc jamais libre ? Ne puis-je être comme mes compagnons ? Je suis condamnée à ressentir chaque année des tourments, de plus en plus violents.
C'est comme une drogue : paisible, l'esprit apaisé, puis la piqure, le shoot et c'est le septième ciel dans une escalade de désir et d'espérance si rapide qu'elle est toujours douloureuse. Puis lorsqu'il se dérobe à ma vue, c'est les tréfonds de l'enfer qui m'accueillent. Les deux revers de la pilule en un peu moins de deux heures. L'extase, le bonheur absolu, son climax agrémenté de la plus tendre souffrance, puis la chute, brusque et sombre.
Plus je le vois et plus je souffre. Plus je cherche à l'apercevoir, à m'imprégner de son image et plus la séparation entre fantasme et réalité diminue. Je l'ai observé, à la dérobée et dans la pénombre, détaché de toute enveloppe autoritaire. Comme si je regardais par le trou d'une serrure. Et ce que j'ai vu m'a réjoui tout en gravant dans mes chairs ma destinée maudite.
Pourquoi ?
Une légère piqure d'aiguille dans mon cerveau. Une marque fine, semblable à toutes celles que l'on reçoit en début d'année. Mais elle s'est infectée, plaie vicieuse. Les sucs de mon crâne ont rongé la plaie, devenant un trou gigantesque qui ne cesse jamais son expansion. C'est toute la masse gélatineuse qui palpite, irritée par ses propres substances. Un cœur qui bat, lourd, éprouvant, constant, un gémissement lancinant. Et des aiguilles, qui se plantent d'un coup dans les nerfs, des soubresauts de douleur, brefs, vifs. Oh comme je voudrais l'arracher ! Déchirer cet abcès purulent, cette poche qui s'est remplie de pus et l'extirper de sa boîte d'os. Le jeter à terre, et, le front creux, éteint, fièrement avant de courber la nuque et de tomber à genoux, proclamer haut et fort "je n'aime plus".
Mais j'aime ! Oui aimer ! Non que dis-je aimer ? idolâtrer ! Point Junie. Mais un homme, un Dieu, une créature si parfaite qu'elle ne devrait exister sur cette terre fangeuse. Une image, une chose si irréelle, toute droite sortie de cette imagination maladive et hallucinée. Non il ne peut exister. Comment pourrais-je être la seule à percevoir tant de beautés ? La seule à souffrir de mille maux face à son statut céleste et hors d'atteinte. Oui la douleur, quasi physique. Mon corps entier hurle en silence, se tend d'un seul mouvement lorsqu'il est ici. Mais jamais, jamais, jamais je ne pourrais le toucher, ne serait-ce qu'effleurer l'épiderme qui recouvre son doigt. J'ai mal. Je lutte. Ça ne sert à rien.
La passion et la folie isolent : je suis engluée de ma peur, jalouse jalouse jalouse de les voir lui parler aussi naturellement. Ne voyez-vous donc pas que c'est un ange ?! Comment pouvez-vous l'approcher et agir normalement, comme s'il n'était qu'un homme ? Mais moi aussi, je le perçois maintenant comme un simple mortel. Il semble si... humain. Comme s'il suffisait de tendre la main pour sentir la résistance du tissu de son manteau. Et mes espoirs enflent. Tu peux l'atteindre ! Qui sait ? Mais non, aussitôt qu'il est hors de vue, je sais qu'il reste au-dessus de tous, et surtout de moi. Condamnée à la folie en secret.
Jusqu'à ce que, ses yeux gorgés de mépris, il m'assène la gifle de la réalité, sans remord.
Peut-être que je ne m'en relèverais pas.
Ce serait mieux.

dimanche 19 décembre 2010

De la liberté des livres

"Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d'un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les emporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés en tombant d'un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle l'hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n'importe comment sauf d'ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l'étagère."

Erri De Luca, Trois chevaux

samedi 18 décembre 2010

Ex-libris

J'aime être à la bibliothèque, au milieu de tous ces livres. J'aime ressembler à l'archétype de l'hypokhâgneuse qui flâne dans les rayons pour feuilleter d'obscurs livres sur la Révolution. J'aime qu'on pense que mes pansements aux doigts soient le résultat de multiples coupures avec les pages. Comme si je m'abreuvais trop de ces phrases et que ma vie se résumait à lire. Comme si ces cloques venait du frottement brûlant entre la peau et le grain du papier. Comme si le coin des pages m'ouvraient les chairs.
Alors que c'est la vulgaire tranche en carton d'un vulgaire emballage de pizza qui m'a blessé et que mes brûlures ne sont que la conséquence de la rencontre de mes doigts avec les résistances du four.

J'ai encore des progrès à faire...

Sereine

Samedi, il fait nuit et il neige. Beaucoup. De gros flocons bien épais qui brouillent la vue et se coincent dans les cils. En 10 minutes la route est déjà recouverte d'un épais tapis qui glisse et grince sous les pieds.
Récapitulons :
Samedi
1è jour des vacances de Noël
La veille, fête d'anniversaire qui s'est terminée bien tard.
Aujourd'hui pas grand-chose à faire : ranger, manger, flâner sur des blogs hypo et khagneux.
Il est 18h30, je reviens de la bibliothèque, Goethe en VO dans la besace.
Il fait nuit.

Vraiment, je n'arrive pas à me dire que j'ai le droit de glander. Que n'avoir rien fait aujourd'hui n'est pas un crime. Après une semaine et demi de concours blanc, j'ai toujours l'impression qu'une épreuve m'attend au tournant. Ça doit être ça la sensation d'être en hypokhâgne : toujours se demander s'il n'y a pas quelque chose qu'on a oublié de faire. Et non, je ne me sens pas particulièrement en vacances. Ou plutôt, je n'ai presque pas envie d'en avoir. J'ai presque envie de retourner en cours lundi, de nouveau subjuguée par Dx, puis suer pour réussir à comprendre le cours de philo. Être avec les autres, flâner de tables en tables à la pause pour discuter, se glisser en douce sur le toit pour regarder les collégiens qui, tout en bas, 6 étages en-dessous, jouent en braillant.
Presque.
Disons que oui, j'ai envie d'être en cours, mais je suis aussi heureuse d'avoir deux semaines de temps libre pour lire, enfin ! La version bilingue d'Hamlet traîne sur mon bureau depuis presque trois semaines, lire du Goethe me semble de plus en plus séduisant et je brûle d'envie de relire Le Cid. Et oui, je l'admets, je suis heureuse d'avoir du temps pour prendre de l'avance.
Oui oui vous avez bien lu : prendre de l'avance. Parce que se retrouver la veille de ses concours blanc à débuter les révisions, plus jamais. Promis.
Vacances studieuses sous la neige.

jeudi 16 décembre 2010

Larmes

Aujourd'hui, c'était concours blanc d'histoire.
Aujourd'hui, il y en a une qui est partie en larmes.
Vraiment.
Elle a apporté sa copie, l'a posée sur l'estrade, puis a tourné les talons en essayant d'étouffer ses sanglots.
Tout le monde l'a regardé, le prof y compris, dans un grand silence. Puis on est tous revenus à nos feuilles, sans échanger un regard. C'était vers la moitié de la deuxième heure.

Je me suis jurée de pas pleurer cette année.
Aucun sanglots convulsifs de stress, aucune larme de tristesse, aucune goutte humide au coin de l'oeil. Niet. C'est à cause du prof de géo d'ailleurs : M.Bat nous a assuré que cette année allait être dure, qu'on allait balancer nos livres par terre et qu'on allait pleurer. Et là, je sais pas vraiment pourquoi, mais je me suis jurée de ne pas pleurer. En tout cas, de ne pas verser une larme en rapport avec l'hypokhâgne.

Je m'y suis tenue. A deux exceptions près, mais qui sont mineures : de vraies larmes lorsque j'ai appris qu'une amie quittait l'hypo pour la fac, mais cela ne rentre pas vraiment dans la catégorie des larmes à propos de l'hypo; puis un début de sanglot en sortant de khôlle de philo, que j'ai bloqué d'un coup en me souvenant de ma promesse. Techniquement, les larmes n'ont pas coulées, mon sanglot n'a été qu'esquissé. Mais je me rends bien compte que j'ai failli lâcher prise, environ trois mois après ma décision.
C'est la première fois que je fais ce genre de promesse et c'est la première fois que je m'y tiens vraiment. Avant mes khôlles, je savais que j'allais rater, mais j'avais surtout peur de pleurer. D'avoir ce foutu poignard dans la gorge qui vous interdit de dire un mot, d'avoir cette stupide larme qui brille dans les cils. Je ne voulais surtout pas pleurer. Pour ma future khôlle de litté, devant mon bien aimé Dx (béni soit-il), je n'ai qu'une peur : céder devant son mépris. Je sais que je vais m'en prendre plein la tête, que je vais passer pour la plus profonde des idiotes et qu'il va me le dire, bien en face. Mais rien ne garantit que je ne vais pas céder sur le moment. Se faire descendre par son Dieu, ça doit être très douloureux...
Mais je ne veux surtout pas pleurer. Je veux tenir ma parole, comme pour montrer fièrement à M.Bat que moi non, je ne fais pas ce genre de choses, moi je suis forte et droite. Que même si je suis mauvaise en géo je garde mon calme et je ne désespère pas.
Oui c'est stupide. Jamais je n'irais le voir à la fin de l'année pour lui annoncer toute fière : "vous savez je n'ai pas pleuré".

Mais quand même.
Je ne pleurerai pas.